Adoucisseur sans sel : ce que l’ANSES a examiné, et ce qu’elle n’a pas pu conclure
On lit partout que l’ANSES aurait démonté l’anti-calcaire sans sel. C’est faux, et c’est faux dans les deux sens. L’agence n’a pas dit que ces appareils ne marchent pas. Elle a dit qu’avec les données publiées, elle ne peut rien conclure du tout, ni sur leur efficacité ni sur leur innocuité. Et surtout, elle n’a jamais examiné les procédés magnétiques, qui sont pourtant les plus vendus sous l’étiquette sans sel.
Nous avons lu l’avis en entier. Vingt-quatre pages, public, signé du 9 janvier 2019. Voici ce qu’il dit réellement.
Au sommaire
- Ce que l'avis couvre, et ce qu'il ne couvre pas
- La conclusion, mot pour mot
- Pourquoi le dossier est vide, et c'est là que ça devient utile
- Le seuil que l'ANSES pose, et que personne ne cite
- Ce que l'avis dit aussi de l'adoucisseur à résine, c'est-à-dire du nôtre
- Ce que nous en faisons dans notre catalogue
- Les limites de ce que nous avançons
- Adoucisseur sans sel : vos questions
- L'ANSES a-t-elle interdit les adoucisseurs sans sel ?
- L'avis couvre-t-il les anti-calcaire magnétiques ?
- Un appareil sans sel adoucit-il vraiment l'eau ?
- À partir de quelle dureté un traitement se justifie-t-il ?
- Faut-il boire l'eau d'un adoucisseur à résine ?
- Où lire l'avis complet ?
Ce que l’avis couvre, et ce qu’il ne couvre pas
C’est le point que tout le monde saute, et il change tout le reste. La Direction générale de la santé a saisi l’agence le 2 novembre 2015 sur les procédés dits non conventionnels. Le périmètre a ensuite été réduit.
| Procédé | Dans le champ de l’expertise ? |
|---|---|
| Électrolyse à anode de zinc, seule ou avec cavitation | oui |
| Catalyse, résine catalytique | oui |
| Injection de CO2 en réseau intérieur | oui, ajoutée par les experts eux-mêmes |
| Magnétique et électromagnétique | non, hors saisine |
| Électrique sans anode consommable | non, hors saisine |
La raison de l’exclusion est écrite noir sur blanc dans la note 5 de l’avis : le ministère chargé de la santé considère que ces procédés « agissent sur les propriétés entartrantes de l’eau sans en modifier sa composition chimique ».
Conséquence directe pour un acheteur : si l’appareil qu’on vous propose est un aimant ou une bobine, l’avis de l’ANSES ne parle pas de lui. Ni pour, ni contre. Le citer à son sujet, dans un sens ou dans l’autre, est un abus.
La conclusion, mot pour mot
Dans sa partie Conclusions et recommandations, l’agence écrit :
« le corpus documentaire ne permet en aucun cas de réaliser une évaluation des risques sanitaires associés à l’utilisation des procédés AT-NC utilisant l’électrolyse avec anode de zinc ou la catalyse »
Et un peu plus loin :
« les données actuellement disponibles ne permettent pas de conclure sur l’innocuité et l’efficacité »
Ce n’est pas une condamnation, c’est un constat de vide documentaire. La différence compte : un vendeur peut légitimement dire que l’ANSES ne l’a pas condamné, et un concurrent peut tout aussi malhonnêtement écrire que l’ANSES a conclu que cela ne marche pas. Les deux se trompent.
Pourquoi le dossier est vide, et c’est là que ça devient utile
L’expertise a passé en revue 143 publications scientifiques, jusqu’au 29 janvier 2018. Trois fabricants ou distributeurs français ont été auditionnés. Voici ce que les experts ont trouvé, dans leurs propres termes.
| Ce que l’avis relève | Citation |
|---|---|
| Le procédé lui-même n’a jamais été étudié | « aucune n’a étudié le procédé d’électrolyse avec anode de zinc pour limiter l’entartrage » |
| On ne peut pas calculer la dose active | « Aucun fabricant ne renseigne, dans ses brochures commerciales, la surface des électrodes de Zn utilisées et les quantités d’ions Zn2+ libérées » |
| Aucun essai selon le protocole allemand de référence | « Les procédés commercialisés en France n’ont pas été évalués suivant le protocole d’essais DVGW W 512 » |
| Les preuves d’efficacité | « très succincts voire inexistants » |
Le détail qui résume tout : les études existantes portent sur l’effet des ions zinc sur la cristallisation du calcaire, pas sur les appareils censés en libérer. Et comme aucun fabricant ne publie la surface de son électrode, personne ne peut vérifier que l’appareil délivre la dose que ces études jugent nécessaire.
Deux détails de plus, relevés dans les auditions :
- Les deux distributeurs entendus ne sont pas d’accord entre eux sur ce qui produit l’effet. L’un l’attribue à la cavitation, l’autre à l’électrolyse.
- L’un des responsables de mise sur le marché indique que l’efficacité n’est observable qu’entre environ 5 et 200 mètres en aval de l’appareil.
Enfin, une allégation commerciale courante est écartée sans détour : « L’inhibition de la prolifération des légionelles, parfois annoncée par certains responsables de mise sur le marché de procédés AT-NC, n’est pas prouvée scientifiquement ».
Le seuil que l’ANSES pose, et que personne ne cite
Dans ses recommandations sur l’information du consommateur, l’agence écrit une phrase qui vaut pour tous les appareils, à sel comme sans sel :
« l’utilisation d’un procédé anti-tartre conventionnel ou non conventionnel est rarement justifiée lorsque que la dureté de l’eau est inférieure à 15 °f »
Quinze degrés français. C’est le seul seuil officiel de toute cette histoire, et c’est par lui qu’il faut commencer. Ce chiffre, votre distributeur d’eau le publie chaque année : c’est le bulletin qui accompagne une de vos factures, également affiché en mairie et repris commune par commune sur le portail du ministère chargé de la santé. En dessous de 15 °f, la question de l’appareil ne se pose pas vraiment.
Si vous ne l’avez pas sous la main, notre relevé de dureté par commune le sort en trente secondes, à partir des analyses officielles.
Ce que l’avis dit aussi de l’adoucisseur à résine, c’est-à-dire du nôtre
Nous renvoyons vers des adoucisseurs à échange ionique, et nous sommes rémunérés quand quelqu’un achète. L’avis parle aussi de ces appareils-là, et ce qu’il en dit ne nous arrange pas. Nous le publions quand même : un comparateur qui ne cite que ce qui l’arrange ne vaut rien.
Deux recommandations de l’agence visent directement les résines échangeuses d’ions.
- Garder un point d’eau froide non traitée pour la boisson et les usages alimentaires. L’agence souhaite même que cette obligation, applicable aujourd’hui aux établissements recevant du public, soit étendue à l’habitat individuel.
- Rappeler l’apport en calcium de l’eau du robinet dans les régions concernées, parce qu’un appareil à résine « diminue la concentration des minéraux présents dans l’eau potable ».
Et un avertissement qui vise tous les traitements, y compris les meilleurs : un anti-tartre qui fonctionne peut produire des effets indirects sur l’eau, « formation de particules de CaCO3, augmentation de la turbidité, décrochement de produits de corrosion et de biofilm », même quand il n’en change pas la composition chimique. Sur une installation ancienne et fortement entartrée, l’avis précise que ces effets sont transitoires, le temps qu’un nouvel équilibre s’établisse.
Ce que nous en faisons dans notre catalogue
Notre catalogue compte trente-quatre fiches. Aucune n’est un appareil sans sel. Toutes celles dont nous avons pu lire la technologie chez le fabricant fonctionnent par échange ionique, la voie dite conventionnelle, dont l’effet se mesure sur le titre hydrotimétrique.
Ce n’est pas un jugement moral sur les procédés sans sel. C’est la conséquence mécanique de notre méthode : nous notons un appareil sur des caractéristiques publiées et comparables. Un procédé dont le fabricant ne publie ni la dose active ni un essai normalisé ne peut pas entrer dans une échelle de notation, parce qu’il n’y aurait rien à comparer.
Si vous cherchez un appareil qui retire réellement le calcium et le magnésium, c’est un adoucisseur à résine, et notre comparatif les classe sur leurs mesures. Pour savoir ce que cela coûte à faire tourner, le sel, la régénération et le contrôle annuel sont détaillés à part. Et le relevé du marché donne les prix médians que nous mesurons chez les marchands.
Les limites de ce que nous avançons
Nous n’avons testé aucun appareil sans sel, et nous ne le prétendons pas. Nous n’avons pas non plus d’avis sur les procédés magnétiques : ils sont hors du champ de l’avis que nous venons de citer, et nous n’avons trouvé aucune autre source officielle française qui les évalue. Une absence de preuve n’est pas une preuve d’absence, et l’inverse est vrai aussi.
La seule chose que nous pouvons affirmer, parce qu’elle est écrite et datée : au 9 janvier 2019, l’autorité sanitaire française n’avait pas de quoi trancher, et elle a demandé que les fabricants apportent une démonstration d’efficacité et d’innocuité. Sept ans plus tard, la méthode d’essai européenne dont l’absence bloquait l’évaluation n’existe toujours pas.
Adoucisseur sans sel : vos questions
L’ANSES a-t-elle interdit les adoucisseurs sans sel ?
Non, et elle n’en a pas le pouvoir. Son avis du 9 janvier 2019 conclut que les données disponibles ne permettent de conclure ni sur l’efficacité ni sur l’innocuité des procédés à électrolyse avec anode de zinc et à catalyse. Elle recommande que les fabricants apportent une démonstration.
L’avis couvre-t-il les anti-calcaire magnétiques ?
Non, et c’est le contresens le plus répandu. Les procédés magnétiques et électromagnétiques sont explicitement hors du champ de la saisine, ainsi que les procédés électriques sans anode consommable. L’avis ne dit rien d’eux, ni en bien ni en mal.
Un appareil sans sel adoucit-il vraiment l’eau ?
Non, et les fabricants sérieux ne le prétendent pas. Ces procédés visent à limiter le dépôt de tartre, pas à retirer le calcium et le magnésium. La dureté mesurée en degrés français reste la même après passage. Seul un adoucisseur à résine fait baisser cette valeur.
À partir de quelle dureté un traitement se justifie-t-il ?
L’ANSES écrit qu’un procédé anti-tartre, conventionnel ou non, est rarement justifié en dessous de 15 °f. Le chiffre est public : votre distributeur le communique chaque année avec une facture, et le portail du ministère chargé de la santé le donne commune par commune. Notre relevé par commune le donne à partir des analyses officielles.
Faut-il boire l’eau d’un adoucisseur à résine ?
L’ANSES recommande de disposer d’un point d’eau froide non traitée pour la boisson et les usages alimentaires, et souhaite que cette règle, applicable aujourd’hui aux établissements recevant du public, soit étendue à l’habitat individuel. Un appareil à résine réduit l’apport en calcium de l’eau du robinet.
Où lire l’avis complet ?
Il s’agit de la saisine 2015-SA-0228 de l’Anses, intitulée avis relatif à l’évaluation de l’innocuité et de l’efficacité de procédés anti-tartre non conventionnels dans les réseaux de distribution d’eau destinée à la consommation humaine. Il est publié en accès libre sur le site de l’agence, avec son rapport d’expertise collective.